Trynis chapitre 4: Nestin

« – Eh bien, nous ne le savons pas réellement. Considérés comme renégats par chacune des races, il semblerait qu’ils ont été peu à peu éliminés. Leurs dernières traces remontent à deux siècles. Mais ils peuvent très bien se terrer quelque part, attendant leur heure… »

– « Peut-être pourrais-je convaincre l’empereur de me charger d’enquêter à leurs sujets, si cette menace existe, cela sera pour une bonne raison, et si cela n’est pas le cas, je trouverais lors de cette quête une autre méthode pour mettre fin à la guerre. Comme toujours, mon vieux maître, vous êtes de précieux conseil. »

Fin de la conversation entre Zultur et Norya.

 

« ….des études menées dans le cadre…on peut raisonnablement penser…..partant de ce postulat, les dieux seraient d’origine plus récente que ce qu’ils prétendent… utiliser ce savoir acquis à notre avantage…. »

Fragment de parchemin découvert dans les ruines de l’académie nécromancienne de Ner-Sirtyr, au sud-est d’Ansthrésis

 

Cher Tyvaneir,

La récente équipe d’exploration mise sur pied vient de découvrir ce fragment de parchemin dans les ruines de Ner-Sirtyr. Le petit appareil que vous m’avez donné le date de 350 ans ! J’espère qu’il vous apportera les informations que vous recherchez et j’attends avec impatience vos conclusions à ce sujet.

Amitiés, Zultur

PS : Je suis certain que la jeune femme dont nous avons parlé pourrait nous aider dans nos recherches.

Lettre de Zultur à Tyvaneir

 

Corollaire 414-bis : Par convention, mort-vivant, non-mort et non-vivant sont des termes équivalents.

Extrait du code magique d’Arcana

 

Une vingtaine d’années avant que Norya ne revienne de sa croisade contre les féölïns…

Le petit village de Nosek étincelait sous la lune montante. Les fermiers avaient rentré les moissons, et se préparaient à affronter un hiver rigoureux. Runek contemplait ce spectacle depuis la colline située au sud-est du village. Il était vêtu d’une ample robe de mage doublée d’une cape de couleur sombre. Sa monture avait des caractéristiques particulières : elle ne respirait pas, et n’avait pas besoin de se nourrir. En fait, elle était morte, et pourtant bougeait exactement comme l’aurait fait une monture vivante. Elle était d’apparence squelettique, avec des lambeaux de chair noircie tombants. Une étrange brume noire se trouvait dans sa cage thoracique, d’où suintaient des reflets verts, et une lueur de la même nature était présente au sein de chacune des orbites de la bête.

Runek lui-même ne valait guère mieux. Bien qu’il ait l’apparence d’un être humain normal, sa peau virait déjà au gris anthracite. La rançon de l’ataxie – l’état d’absence de perceptions sensorielles autre que la vue et l’ouïe – et de la non-mort. Il se tourna vers son acolyte situé à sa droite. Sentant qu’on l’observait, le jeune adepte, qui venait tout juste de rentrer dans l’ordre des Nécromanciens, se plaça dans une posture d’écoute.

-Vous pouvez lancer l’opération, fit Runek.

L’adepte hocha la tête et partit rejoindre la petite armée de non-morts qui stationnait derrière.

Runek était chargé de l’examiner dans cette procédure : le contrôle d’une armée de morts-vivants lors du sac d’un village.

L’armée s’anima, et se lança tel un raz de marée d’os et de chair en putréfaction sur le village.

Le massacre dura une heure. Runek détestait ce genre de choses. Cependant, les Nécromanciens avaient besoin de matière première. Sacrifier quelques vies pour en sauver des milliers. Un dilemme vite réglé, en vérité.

Alors qu’il vagabondait dans le village dévasté, il entendit des pleurs d’enfant. Se rapprochant de la maison d’où ils provenaient, il aperçut un enfant de quatre ans environ, complètement abasourdi. S’étonnant qu’il ait pu survivre à l’attaque des non-morts, il s’approcha de lui… et suffoqua devant le pouvoir qu’il ressentait. C’est alors qu’il se rendit compte des restes du chevalier funeste[1], qui semblait avoir subi une sorte d’implosion. Runek inspecta les courants arcaniques utilisés par son apprenti pour contrôler ses troupes. La toile de magie semblait déchirée autour du chevalier. Cela ne signifiait qu’une chose.

Une recrue de choix, pensa t-il, en s’approchant de l’enfant vagissant.

Vingt ans plus tard…

Runek se hâtait dans les couloirs de la nef centrale du pinacle de la cité sombre nommée Ner-Anthris. Il avait été convoqué par un des vénérables qui dirigeaient l’ordre. Bien qu’étant un maître Nécromancien, et déjà âgé de 250 ans, Runek n’était pas dans les plus hauts grades de l’ordre. Les vénérables les plus anciens étaient carrément ceux qui avaient inventé la nécromancie. Runek sourit en songeant que les annales de l’Académie d’Ansthrésis considéraient les dits inventeurs comme morts depuis des lustres.

Le vénérable se trouvait dans une salle des plus imposantes, dont les colonnades se réunissaient en clé de voute au dessus d’une sorte de chœur, occupé à manier les formidables énergies qui tournoyaient tel une tempête d’or, d’azur et d’émeraude autour de lui. A l’arrivée de Runek, il ne s’arrêta pas. Runek resta debout et attendit patiemment que son supérieur s’intéresse à lui. Il en profita pour l’examiner. Comme tous les vénérables de cet âge canonique (plus de 5000 ans… certains pensaient même que quelques-uns d’entre eux avaient vécu la Grande Catastrophe) il ne restait plus grand chose du prestigieux non-mort. Le Vénérable Ynisens n’était plus qu’un crâne flottant, auquel il manquait la mâchoire inférieure. Il était cependant poli et lustré. Marques du fléau éternel de la non-vie, deux imposantes lueurs noires olivâtres (la meilleure description que Runek pouvait en faire) dansaient au fond de chacune de ses orbites.

Les éclairs d’énergie se calmèrent, et le crâne pivota vers Runek. Une sorte de corps fantomatique se matérialisa autour de lui.

-Ah, Runek.

La voix était extrêmement chaleureuse, ce qui contrastait avec l’aspect que renvoyait Ynisens.

-J’ai ouï dire que votre jeune protégé, Nestin, traversait actuellement quelques difficultés.

-En effet, Vénérable. Il semble de plus en plus déprimé à mesure que le temps passe. Il se concentre de moins en moins dans l’art noir, passe son temps à  traîner dehors et ne mange quasiment rien.

-Hum. Je vois… Ce jeune homme ne se trouve pas à sa place ici. Il se morfond. Savez-vous, Runek, que dans notre cercle,  on parle de plus en plus de ce maelström qui agite le plan divin ?

-Non, mon seigneur. répondit Runek sans émotion.

-Eh bien, il semblerait que cela devienne préoccupant. En notre qualité de protecteurs de Trynis, ne croyez-vous pas qu’il  faudrait davantage  étudier l’état actuel de ce dernier ?

-Je ne vous suis pas, monsieur.

-Il faudrait augmenter le nombre de veilleurs. Nestin aura parfaitement sa place auprès d’eux. Il comprendra davantage notre rôle, et y gagnera en expérience.

-Vénérable…

-Suffit, Runek ! S’exaspéra le vénérable Vous ne pouvez veiller sur sa petite personne éternellement (au sens propre du terme) ! J’ai, de plus, une mission à vous confier, tout à fait confidentielle. Les grands-prêtres de Vortiar sont de plus en plus exaspérants. Il y a quelque chose qui se passe sur Trynis. Ils parlent sans cesse de « quatre élus, qui sauront redresser une erreur passée ». Quelle bêtise. Vous allait me tirer ça au clair.

-Bien, maître. Fit ‘il, impassible. Et zut, il fallait que ça tombe sur moi. Je pars dans l’heure.

Après avoir congédié Runek, Ynisens reprit ses psalmodies, tout en réfléchissant à la situation. L’influence des grands-prêtres allait grandissant. Les véritables érudits, comme lui, voyaient leur pouvoir s’amoindrir. S’il parvenait à découvrir la cause de l’agitation du plan divin, et à agir en conséquence, il pourrait renverser la vapeur. Et Nestin ne serait pas qu’un simple pion dans cette histoire, s’il ne se trompait pas. Son visage fantomatique esquissa un sourire. Cela faisait un peu plus de dix millénaires qu’il avait commis sa dernière erreur.


[1] Les chevaliers funestes sont des soldats non-morts doués d’une conscience relativement intelligente. Ils sont utilisés comme commandeurs d’armées et relayeurs de la volonté du Nécromancien. La plupart dispose d’armures de plates, ainsi que d’épées à deux mains.

~ par Tyvaneir sur 27 juin 2013.

Une Réponse to “Trynis chapitre 4: Nestin”

  1. Le Trynis nouveau est arrivé! Un bout de temps qu’il se balade dans mon ordi, celui-là! Un peu plus mature que les autres, il introduit les nécromanciens, que j’ai voulu ici sortir un peu du stéréotype nécromant = méchant.

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