Trynis chapitre 3: Norya

L’art de la magie sur Trynis peut se diviser en plusieurs écoles et factions selon la façon d’utiliser le mana, c’est-à-dire la forme d’énergie qui sert de base aux incantations magiques. Le mana peut être obtenu en puisant dans l’énergie des plans (notamment les plans intérieurs, comme les plans élémentaires, par exemple) ou simplement par radiation naturelle de la planète (confer première note sur Trynis).


Selon les races, la magie est perçue différemment. Ainsi, les humains élaborent moult théories et tentent diverses expériences pour reculer les limites du savoir humain. Actuellement, deux écoles différentes s’opposent : les élémentalistes, qui divisent la magie en secteurs élémentaires, selon le type d’énergie utilisé (eau pour les boules de feu, par exemple), et les traditionalistes, qui suivent la théorie des domaines de magie, c’est-à-dire la façon de malaxer le mana (pour reprendre l’exemple précédent, l’école du sort de boule de feu serait l’évocation).
Les féölïns utilisent principalement le mana naturel. Cela plus leur connaissance de la nature en font d’excellents herboristes et guérisseurs. Ils sont capables de puiser au cœur des éléments naturels et les plus puissants peuvent même contrôler la météo et déchainer des raz de marée. Certains féölïns se tournent plutôt vers le chamanisme et peuvent alors communiquer vers le monde des esprits, voire avec les dieux eux-mêmes. Ils sont les prêtres de leurs communautés et les ordonnateurs des rituels et de leurs cérémonies.
Les draconiens disposent d’un pouvoir magique latent, qu’ils nomment Drachenshim. Celui-ci peut être éveillé, par différents rituels, un entrainement particulier ou encore par des expériences personnelles. Le Drachenshim revêt, selon le draconien qui le réveille, une apparence différente. Il est à noter que seul les draconiens peuvent utiliser le Drachenshim, contrairement toutes les autres formes de magie que l’on a pu voir plus haut.
Tyvaneir, Magie de Trynis, Notes destinées à la Grande Bibliothèque d’Arcana.

Zathelmech progressait dans les rues d’Ansthrésis, vers la rue de Zenth, dans les bas-quartiers. L’endroit n’était pas renommé pour sa grande citoyenneté, mais la présence plus importante de fidèles de Nexxia (la déesse humaine chaotique bonne des roublards et de la rébellion) ne rendait pas l’endroit particulièrement plus dangereux que d’autres endroits de la ville, où la garde faisait respecter les lois de l’empire à sa manière (c’est-à-dire, en faisant davantage payer le miséreux que le cousu d’or, et la plupart du temps par simple envie).
De fait, l’endroit aurait pu être un simple coupe-gorge dans bien d’autres univers, mais sur Trynis, il s’agissait d’un incroyable dédale de rues bourré de cachettes et de repaires secrets.
Le visage enténébré par les plis de sa capuche, le mage pénétra dans une impasse, pour se retrouver face à deux brutes à l’air mauvais, couturés de cicatrices et jouant négligemment avec leurs dagues. Leurs intentions étaient évidentes.
Zathelmech s’autorisa un grand sourire. Les ténèbres envahirent l’impasse, et des cris retentirent.
Lorsqu’elles se dissipèrent, alors que l’allée était de nouveau vide, le magicien impérial était déjà devant un magasin d’apothicaire ayant l’air d’être clos depuis des lustres. Ce qu’on pouvait reconnaitre comme ayant autrefois été des volets tombait en débris, et des véritables draperies de toiles d’araignées recouvraient toute la boutique. L’enseigne, illisible, n’était plus retenu que par une seule chaîne, et tanguait légèrement sous la brise. Tournant la clé dans la serrure, il pénétra à l’intérieur, puis se dirigea vers la cave. Là, il invoqua un sort de brume mental, qui eu pour effet de faire apparaitre un escalier vers les profondeurs.
Zathelmech arriva alors dans une gigantesque salle, l’un de ses antres situés sous la ville, tirant profit des ruines de la cité qui avait précédé Ansthrésis. Une plate-forme circulaire, en granit gravé de runes, suspendu au-dessus d’un vide improbable par des piliers massifs descendant du plafond, eux-mêmes décorés de diverses figures de créatures qui ne devait pas être originaires de Trynis constituait l’essentiel de la pièce. Zathelmech n’avait fait qu’y aménager de quoi y vivre, et y placer un éclairage phosphorescent grâce à quelques liquides alchimiques. Il avait découvert ce lieu vers le début de ces études, et en avait fait un de ses antres qui lui permettait de disparaître de la circulation tout en gardant un certain contrôle sur les événements. Une certaine nostalgie l’étreint. Cela faisait un an qu’il n’était venu ici ! Quels doux souvenirs il gardait de ce lieux ; sa première vivisection sur un roublard, l’étude des divers strates et créatures de l’Outremonde, ou tout simplement un havre de paix lorsqu’il avait besoin de faire le point.
Mais aujourd’hui, il venait pour quelque chose de tout à fait spécifique. Compulsant le vaste grimoire situé sur la table, il se décida pour une invocation d’extérieur suffisamment faible pour éviter les mauvaises surprises. Il choisit attentivement les composantes nécessaires dans l’armoire, puis prépara le rituel. Il s’assura que le pentacle n’avait subi aucune altération. Une simple erreur, et le pire pouvait se produire, dont la mort n’était pas le moindre…
Achevant son invocation, il observa avec intérêt la masse putride qui se formait. La créature possédait beaucoup d’yeux, et l’incroyable odeur de charogne qui s’abattit soudain sur la salle correspondait bien à l’origine infernale de l’extérieur.
-« Ansherisnit, mon vieil ami ! » lança Zathelmech, d’un ton apparemment jovial (il avait de l’entraînement pour prononcer les noms rappelant des éternuements que portaient certains extérieurs, prudence oblige).
– « Epargne-moi tes sarcasmes, mage de pacotille, » répliqua l’intéressé, d’une voix qui hésitait entre le pot d’échappement d’une chaudière à charbon et le crissement aigu d’une craie sur un tableau noir, « si je n’avais pas perdu ce dernier combat contre le seigneur de l’inanition, tu te serais retrouvé en un tas de déjections à l’instant même de mon apparition. »
-« Un combat qui a eu lieu il y a plusieurs millénaires… » répliqua le mage, avec un air pensif. « J’ai besoin que tu me montres une humaine. »
Pourquoi ? Tu veux la tuer ? » fit le démon, l’air soudain beaucoup plus intéressé.
-« Fais ce que je te dis. Elle se nomme Norya Tanustriel, c’est une magicienne. »
C’est une rivale, alors. Voyons, elle est actuellement dans les locaux de l’Académie. Percer leurs défenses anti-magie ne sera pas simple… c’est pour ça que tu as fait appel à moi, j’imagine… »
L’extérieur présenta à son invocateur un miroir dans lequel se reflétait la jeune femme qui l’intriguait.
Norya progressait dans les corridors de l’Académie. Elle finit par déboucher sur la cour centrale, lieu qui revêtait un intérêt particulier pour elle. C’était en effet le lieu où elle avait réalisé la prestation qui lui avait valu son rang actuel. Venant d’une famille aisée, émerveillée par les parades, la propagande et le décorum de l’empire dans son enfance, elle s’était jetée à corps perdu dans les arts de la magie et du combat, dans l’espoir de rejoindre l’armée et de participer aux campagnes de cet empire qu’elle admirait tant. La cour impériale venait assister une fois par an à la prestation des étudiants les plus prometteurs. Norya avait tout donné ce jour là : elle avait procédé à l’invocation d’une créature qui lui avait donné son surnom : Norya « du Phoenix ». Il faut dire que sa chevelure rajoutait dans ce sens…
Et maintenant, désabusée, elle contemplait les générations suivantes de lanceurs de sorts, futurs outils de la machine de guerre de l’empire…
Non loin de là, dans un bureau de l’Académie, Zultur releva la tête face à son interlocuteur.
-« Je comprends que vous ayez besoin d’avoir accès à la bibliothèque de l’académie, mais les normes d’accès se font de plus en plus draconiennes, sans mauvais jeu de mots, bien sûr ».
-« Je vois, et je connais ce genre de mesures. Je crois pouvoir faire don d’un ouvrage précieux à la bibliothèque d’ici peu » répondit l’inconnu.
-« Je pense que cela pourrait suffire. Je vous remercie pour l’agréable conversation que nous avons eue »
L’interlocuteur quitta le bureau de Zultur et descendit les escaliers de l’Académie. Il passa juste à côté de Norya qui se dirigeait dans le sens opposé et leva brusquement la tête vers elle, comme s’il avait ressenti quelque chose.

Norya, sentant qu’on l’observait, regarda à son tour vers le mage, mais celui-ci n’était plus là. Quelque peu déboussolée, elle entra dans le bureau de Zultur.
-« Norya ! Quel plaisir de te voir ! » s’exclama le vieil homme.
-« Le plaisir est partagé, maître. » fit Norya, d’un ton plus neutre.
Zultur lui fit signe de s’asseoir, tandis qu’il se rendait à la fenêtre, d’où émanaient des bruits d’entrainements et de crépitements magiques.
-« Les jeunes mages de guerre, qui rêvent d’entrer dans l’armée impériale, fit-il en désignant la cour. Ces fous ne jurent que par les boules de feu! Tu étais comme eux, avant… Mais quelques chose me dit que tu as changée ».
-« Zultur, j’ai été témoin des horreurs de la guerre, et de la soi-disant grandeur de la culture humaine en terre féölïn. J’espérais me mettre au service de l’empire pour une cause noble et juste, et je me suis retrouvée bouchère en compagnie de généraux psychopathe à utiliser de la chair à canon humaine pour pratiquer un génocide ! » se confia Norya.
-« Tu t’es retrouvée brutalement en face de la vraie nature de l’empire… celle-là même qui est masquée par la propagande. »
-« Je ne sais plus que faire…l’empereur m’a décorée pour des faits d’armes dont j’ai plus que honte ! Je veux stopper cette guerre infâme qui méprise tout ce en quoi je crois ! »
Zultur enleva ses binocles, qu’il se mit à nettoyer avec un petit mouchoir brodé.
-« Nous autres magiciens nous sommes retranchés dans nos académies, nos universités, et nos tours d’ivoire préférant nous consacrer à nos recherches plutôt que de nous opposer à nos dirigeants. Ils nous laissent tranquilles car nous leur fournissons assez de jeunes mages exaltés… comme toi » soupira t’il.
-« Il doit bien exister un moyen de détourner la guerre ! On pourrait quérir l’aide des Draconiens ».
-« Pour ce qu’on en comprend, ils pratiquent une politique plutôt isolationniste et autocratique. Ils possèdent une ambassade humaine et une autre féölïne, mais uniquement pour des relations formelles et commerciales. Ils se fichent éperdument de la guerre. »
Un ange passa. Norya commençait petit à petit à sombrer dans le désespoir. Elle laissa son regard errer sur les rayons remplis de livres des étagères de Zultur. Ce qu’elle aimait cet endroit, autrefois ! C’était peut-être une époque de naïveté, mais elle et son maître avait beaucoup apprécié leurs intenses discussions et débats sur l’art de la magie autour de ses antiques reliquaires de savoir et de tasses de boissons chaudes.
-« Alors il n’y a plus rien à faire » lâcha t’elle.
-« Si. Il reste quelque chose. »
Norya releva la tête. Restait-il un espoir que ses idéaux ne soient pas bafoués ?
– « Sais-tu ce que sont les Nécromanciens ? » continua Zultur.
-« Les mages qui ont fait de la nécromancie leur spécia… »
-« Non, je te parle des vrais Nécromanciens ! Avec un N majuscule ! »
-« Je ne vous suis pas… »
-« Vois-tu, j’ai reçus juste avant ta venue la visite d’un mage étranger, de je ne sais plus quelle académie… » Zultur se gratta la tête.
-« Anacra, Arcanin…. Il disait s’appeler Tyrael, Tyneir… ça ne me ressemble pas, ses trous de mémoire… Enfin, il était en quête d’informations, notamment sur les différents courants de philosophie magique. Cela m’a forcé à me replonger dans mes livres, et je suis retombé sur ce cercle disparu… »
-« Serait-ce un courant magique particulier ? »
-« En effet, les Nécromanciens étaient des mages, originaires de toutes les races de Trynis, qui ont fondé ensemble ce courant de pensée, voila plusieurs siècles, qui constituait à comprendre la mort et le monde qui nous entoure. Ils ont principalement travaillé sur la nature des divinités et sur l’origine de la Grande Catastrophe. Etrangement, on comptait trois dieux de la mort, dont les noms se sont perdus, avant leur avènement, un pour chaque race, mais après leur apogée, ceux-ci ont étés remplacés par Vortiar » récita Zultur d’un ton docte.
-« Pourquoi n’existent-ils plus? »
-« Eh bien, nous ne …. »
C’est fini, Zath ! Je t’ai montré ce que tu voulais savoir, et maintenant que ton pathétique pentacle qui ferait rougir le plus idiot des apprentis mages n’est plus efficace, je vais pouvoir me régaler de ta souffrance ! » fit Ansherisnit avec un rugissement de triomphe.
Zathelmech pesta. Captivé par la conversation auquel il avait assisté, il n’avait pas prêté attention à l’infime relâchement des liens de contention. Fort heureusement, il connaissait quelques sorts adéquats. Il lança une sphère d’isolement afin d’immobiliser le démon, puis un bannissement des plans. Cela le fatigua plus qu’il ne l’aurait cru. Essoufflé et en nage, il se mit à ricaner.
Qu’importe ! Il avait obtenu l’essentiel des informations. En plus de livrer Norya comme traitresse à l’empire, et d’assoir sa position dans la hiérarchie impériale, il mettrait la main sur les secrets interdits des Nécromanciens… Il tracerait sa route, comme il l’avait toujours fait. Et ainsi, avec le pouvoir et la puissance en sa possession, il serait délivré du statut de simple mortel… Il serait enfin…
Chaque chose en son temps. Au travail.

~ par Tyvaneir sur 22 juin 2012.

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