Trynis Chapitre 1: Norya

Le monde de Trynis ressemble aux planètes de type F que j’ai déjà eu l’occasion de visiter: on y trouve en effet un fort taux de mana, issu de l’écosystème de la planète. Cela  permet une évolution des espèces rapides et un bon développement des civilisations, sans oublier un excellent potentiel magique.

Trois races coexistent sur cet astre: les humains (penser à consulter la database d’Arcana au sujet de l’importante présence de cette race sur de nombreux mondes), les féölïns (une race arboricole à fourrure, comparable aux humains par la silhouette et la taille) et les draconiens (des dragons humanoïdes, bien que certains soient plus proches du raptor en apparence. De plus, tous ne possèdent pas d’ailes).

Les humains vivent en théocratie féodale, les féölïns en gérontocratie, et les draconiens en démocratie sélective par anticipation au prorata gouvernemental de la politique néoconservatrice socialo-communiste (du moins, c’est la traduction la plus fidèle des 3629 explications différentes qui m’ont été soumises lors de mon voyage en Aurandie).

Chose étrange, les humains ont l’air moins adaptés à leur milieu que les deux autres espèces intelligentes. Des tests génétiques seront les bienvenus pour déterminer leur filiation.

Tyvaneir, Généralités sur Trynis, notes destinées à la grande bibliothèque d’Arcana

Une armada de vaisseaux naviguaient sur l’étendue limpide et bleue de l’océan des Murmures.

Accoudée au bastingage de la frégate   L’inclassable, Noryalaissait ses yeux dériver sur le bleu pur de l’océan.

Cette jeune femme semblait flotter dans le plastron trop grand pour elle. On pouvait sentir qu’en d’autres temps, elle aurait fait tout son possible pour être digne de l’armure qu’elle portait. Mais actuellement, l’objet ne semblait qu’attiser son dégoût.

Norya possédait une chevelure dorée, qui semblait rougeoyer par endroit. Cela était-il dû à sa pratique de la magie où à une simple illusion d’optique ? Difficile de conclure là-dessus, mais toujours était-il qu’elle était aisément reconnaissable.

Tant sont morts… Sacrifiés à une cause totalement égoïste et mauvaise.

Tout ses idéaux s’évanouissaient.

 Je ne me suis pas mise au service de l’empire pour ça ! Une boucherie… Un massacre borné et stupide d’un peuple innocent qui n’a fait que se défendre ! Comment ai-je pu me laisser abuser à ce point ?

La frégate se rapprochait des terres à l’horizon. Puis, soudain, ce fut l’éblouissant spectacle de toute la structure du domaine impérial, survolant la ville d’Ansthrésis, la capitale de l’empire d’Athrysia.

Le palais avait été construit sur une des îles volantes d’Eos. Les érudits, qui avaient dressé les cartes de déplacement de telles îles, pensaient qu’elles devaient leur existence à la Grande Catastrophe, près de 10000 ans auparavant. Les mages de l’académie étaient parvenus à stopper l’îlot, marquant officiellement le début de l’empire il y avait maintenant cinq siècles.

Alors que le navire se préparait à accoster, Norya pouvait apercevoir la foule massive venue observer le retour victorieux des fiers héros d’Athrysia.

Ses ruminations durent s’interrompre le temps de descendre du navire et de traverser l’allée des honneurs, celle-là même où, selon les prêtres, le dieu Anhur rassembla les premières tribus d’humains pour les fédérer et les mener vers la gloire. Bordée des statues des personnages les plus important de l’histoire humaine – dont le fameux chef barbare Taïnar, le « grand conciliateur », car il était parvenu à garder unie les tribus sous l’égide d’Anhur, ou encore Islandis, une des rares femmes représentées, qui avait fondée l’Académie de magie d’Athrysia et ainsi instauré la pratique de la magie dans tout l’empire – l’allée se terminait sur l’imposant escalier (flexible, pour supporter les légers mouvements de l’île) menant vers le palais.

Les acclamations et les louanges de la foule ne faisaient que renforcer l’amertume de Norya.

Guilbedos ! Frangol ! Norya ! Zathelmech !

La liste des dirigeants de la campagne semblait être parfaitement connue du peuple. La propagande avait fait son travail.

Zathelmech, le Haut mage filiforme de l’armée impériale, se pencha vers elle.

– Allons, Norya. Je t’ai vu broyer du noir durant tout le voyage du retour. Profite d’être enfin sorti de la boue tachée du sang impur de ces féölïns ! Nous avons œuvré pour la gloire d’Ahyirar ! Profite du retour dans notre patrie et de l’admiration que nous voue notre peuple ! Aujourd’hui, nous sommes les rois du monde !

Norya ne lui accorda aucune attention. Renfrogné, Zathelmech reporta son attention sur la foule.

Les quatre généraux gravirent les marches pour se retrouver face au domaine impérial. Le palis était majestueux, couvert de dômes et de fresques, aux éclats de marbre et d’obsidienne poli, de dorures et de vives couleurs. L’ensemble donnait un style rococo qui donnait la nausée à Norya.

Bien que formant une ligne parfaitement ordonnée au début de l’ascension, certains prirent du retard. Guilbedos arriva ainsi en dernier, luisant et suffocant, devant les portes du palais. Norya ne résista pas à l’envie de lui envoyer une pique.

– Tout ce temps passé à envoyer des ordres depuis la tente de commandement aurait-il eu raison de ton physique athlétique ?

– Tu peux parler, mais sans ma brillante stratégie, ce n’est pas quatre généraux qui seraient récompensés aujourd’hui…

Les grandes portes s’ouvrirent sur la cour impériale. Des tentures représentant le blason impérial (une couronne de laurier entourant les lettres AT, pour Anhur et Taïnar, le tout surplombé d’un rayon de soleil ouvragé descendant de cieux étoilés) tombait des balcons d’albâtre. La haute-cour impérial, constitués de nobles et de dignitaires importants, applaudis à tout rompre à leur entrée. Et là encore, Norya fut dégoûtée par leur maquillage outrancier et le luxe ostentatoire.

Bon sang, je ne pensais pas à ça avant ! Cette campagne m’a-t-elle donc tant changée ?

Au fond de la grande salle, se trouvait l’empereur. Un homme aux cheveux châtains, plutôt grand, jeune (il avait 29 ans), et mince, dont les parures restaient unis aux tons de la salle du trône. La nausée de Norya allait en s’aggravant.

Le souverain Valanos II semblait rayonner. La journée était parfaite. Une nouvelle victoire pour l’empire, de nouvelles terres, et cette hideuse race qui serait bientôt anéantie. Après la destruction des féölïns, viendrait celle des Aurandiens…  Et l’humanité pourrait enfin disposer à sa guise de sa terre sacrée.

Norya observa les personnes proches de l’empereur. La reine Anya brillait par son absence. Cela faisait maintenant 2 ans qu’elle avait contracté cette maladie, que les membres du clergé disaient venir des féölïns, lors d’une balade dans les bois de Deuillevent. La conseillère principale de Valanos, Malvana de Stancie, une grande femme brune à l’air glacial et méprisant, se tenait tout à côté de lui. Le bruit courait qu’elle prenait de nombreuses décisions avec son aval, et qu’elle partageait beaucoup de choses avec lui. Y compris son pouvoir et son lit…

Le souverain prit la parole :

– Nous sommes réunis en ce jour de fête et de gloire pour notre empire et notre peuple afin d’honorer nos dieux, nos morts et nos valeureux soldats. Une grande victoire a été remportée. Saluons nos brillants héros !

– Gloire !!!  acclama la foule.

Il s’approcha de Guilbedos, précédant Malvana, qui portait un coffret finement ouvragé dans ses mains.

– Guilbedos de l’Alantys, stratège et grand amiral de la flotte impérial, pour les plans brillants de campagne que vous avez mis en œuvre et qui vous ont valu la victoire, par mon sang et au nom d’Anhur, notre Créateur, ainsi qu’au nom d’Ahyirar, père des batailles, je voue remets la médaille de premier citoyen de l’empire !

Ainsi, le temps où l’on récompense ceux qui sont restés dans leur fauteuil à envoyer des hommes massacrer des gens qui ne leur ont rien fait est bien arrivé, songea Norya. Elle n’écouta même pas les deux autres proclamations de l’empereur, trop occupée à recaser dans son esprit ce qu’elle savait sur Zathelmech et Frangol. Ce dernier était un véritable boucher, qui ne savait trouver l’apaisement qu’au cœur d’une bataille. Du moment qu’il avait une cible, et de quoi la tailler en pièces, il était heureux. Norya l’avait déjà observé alors qu’il traçait son chemin dans la horde de féölïns. Son air était alors extatique, et même orgasmique. Au vu des tatouages qui lui couvrait le corps, il devait être originaire de milieux interlopes. Avoir placé un psychopathe parmi les généraux de l’empire était-il délibéré ?…

Zathelmech. Pour ce qu’elle en savait, cet homme décharné, à la barbe poivre et sel, avait toujours été dévoré par le désir de pouvoir et de puissance. Peu apprécié à l’académie de magie d’Ansthrésis, il était rentré dans l’armée, gravissant un à un les échelons, en usant de ses facultés de magouilleur, de corrupteur et de politicien. Il entreprenait également des expériences grâce aux artefacts et aux livres anciens que son statut et les campagnes qu’il avait dirigées lui avaient permis d’obtenir. Ses cobayes étaient ses propres adversaires, que ce soit dans une salle obscure d’un palais ou sur un champ de bataille. Norya frissonna encore en se remémorant la terrible fin d’ennemis féölïns.

L’empereur s’arrêta devant elle.

– Norya Volodrïn, votre ascension au poste de général des armés impériales de la campagne de Transguis, étant donné vos origines et votre…particularité physique, démontre amplement les innombrables qualités dont vous faites preuve et qui vous ont été si utiles lors de ces bataille. Au nom d’Andaluïr et d’Ahyirar, je vous remets donc la médaille de premier citoyen de l’empire !

Une foule d’applaudissements retentit. Norya parvint à supporter les mondanités qui suivirent lors du banquet : les habituels commentaires de ceux qui auraient voulu assister aux combats, qui pratiquaient souvent chez eux mais qui ne pouvaient pas, des commentaires racistes envers les féolïns, ou avantageux envers sa personne…

Norya étouffait dans cette assemblée égocentrée, imbue d’elle-même et totalement fermée au reste du monde. A moitié étourdie, elle vit Guilbedos afféré au buffet, deux jeunes femmes l’entourant. Sans avoir le temps de penser à autre chose, elle décida de s’appuyer sur la table. C’est là qu’elle se retrouva face à un jeune homme portant un loup. Celui-ci semblait plus naturel dans ses mouvements et son comportement que les imbéciles qui les entouraient.

-« Général Norya, j’espérais vous rencontrer » fit-il de sa voix suave. « Vous n’avez pas l’air dans votre assiette » ajouta-t-il.

-« Quant on se rend compte que les idéaux que l’on croyait porter n’étaient que du vent, je pense que l’on a le droit de ne pas être à la fête » répondit-elle.

-« Allons, vous n’allez pas me faire croire qu’une personne aussi intelligente que vous ne savait pas sur quoi le pouvoir est bâtit »

Intriguée par la réponse, Norya répondit par un regard interrogateur.

-« La plupart des sociétés font monter l’orgueil du peuple en les faisant passer pour le seul modèle potable, sans aucune curiosité ni interrogation pour les autres cultures. La démagogie, les boucs émissaires, et même cette hiérarchisation de la société ne font que stimuler les structures du cerveau qui ne réclament aucun potentiel cognitif trop avancé. C’est presque viscéral. Nous autres humains, n’avons pas tellement évolué depuis le stade des chasseurs-cueilleurs, au fond, quelques soient les civilisations que j’ai visités. »

Norya examina de plus prés l’étranger. Brun, il n’était pas particulièrement grand. Il ne semblait pas originaire d’Athrysia. En fait, Norya sentait qu’il était peut-être même carrément étranger à Trynis, sans savoir vraiment pourquoi.

-« Concernant votre problème de conscience, l’idéal serait que vous reveniez sur vos pas. Il y a probablement un embranchement que vous avez raté, un détail que vous avez omis. Il faut que vous assimiliez tout cela » lui souffla-t-il.

-« Attendez, qu’entendez-vous par les civilisations que vous avez… » Elle s’arrêta, elle parlait toute seule. Il s’était volatilisé.

Norya médita ses paroles. Puis, d’un pas décidé, elle sortit de la salle, et quitta le palais. Elle avait quelqu’un à voir.

~ par Tyvaneir sur 7 juin 2012.

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