Qualia et perceptions sensoriels

Le questionnement, le doute, la remise en cause de tout ce que nous croyons savoir, le scepticisme, tels sont les facultés que l’homme possède et qu’il doit utiliser,pour se rapprocher de la vérité. Dans cet essai philosophique, nous allons revenir à la plus simple des perceptions, et réduire ces dernières à  trois grands ensembles: l’esprit, le corps, et le monde (extérieur).

I) Esprit

« Cogito ergo sum »; « je pense donc je suis » disait Descartes, qui ne reflétait pas exactement la véritable idée cachée derrière sa phrase, puisque, la première question qui nous vient à l’esprit, si on part de la base, est la suivante: mon existence est-elle avérée? Existe-je vraiment? Dés lors, c’est par notre doute sur le fait même de notre existence que nous arrivons à la pleine conscience de cette dernière: je doute, donc je suis!

Tout est sujet à caution, à l’exception de votre existence, car s’il y a quelqu’un pour douter, alors il y a quelqu’un, c’est une certitude universelle.

Dés lors, nous qualifions « d’esprit » cette essence de votre être, qui vous permet de « cogiter »!

Notre esprit peut avoir un support matériel, biologique. Nous sommes capables d’abstraction, de réflexion, d’adaptation, de sentiments, mais il a été montré qu’en cas d’atteinte à ce qui semble être le siège de la pensée – le cerveau – il pouvait y avoir perte ou modification dans le fonctionnement de telles aptitudes. Alors, ne serions nous que matière? Ou le cerveau ne serait qu’un appui pour l’esprit, qui, dans certains cas, se trouverait ainsi devant un ordinateur buggé? A moins que les troubles du cerveau proviennent de l’esprit, ou que ces mêmes troubles affectent l’esprit…

II) Corps

Notre rapport au monde ne peut passer que par le biais de notre corps, c’est un fait. C’est en fait lui qui sert à la fois « d’input » et « d’output », c’est à dire les entrées et sorties du système. Dés lors, comment ne pas faire attention au principe du biais sensoriel? Les sens étant la seule voie de perception du monde qui nous entoure, il y a une grande possibilité pour que ce que nous percevons soit en fait bridée, tronquée d’une grande partie des informations, voire même que ces infos soient fausses.

Un exemple: notre système visuel est trichromatique: nous nous basons sur trois couleurs primaires pour percevoir la couleur: bleu, rouge, et vert.

Ce magnifique crustacé:

…possède un système à douze couleurs primaires! Songez à tout ce qu’il est capable de voir…

D’où, pour pallier à ces biais de perception, nous devons user de la multimodalité, c’est à dire d’utiliser tous nos sens dans une seule perception: nos sens se corrigeant les uns les autres.

Gardons tout de même en mémoire que nous ne percevons qu’une petite partie du monde qui nous entoure…

A noter: en éthologie (étude du comportement animal) on parle d’umwelt pour qualifier le monde personnel d’un individu.

III Monde

L’origine de nos perceptions, le cadre dans lequel nous évoluons, le formateur de nos vies… C’est lui qui détermine, normalement, et finalement, notre esprit et notre corps. En effet, tout ce que nous sommes, notre personnalité, notre vision de ce fameux monde, dépend entièrement de ce que nous en avons tiré. Nous sommes les « synthétiseurs » de notre monde, dans le sens où nous produisons une synthèse de ce que le monde nous offre en « input ». Toutes les œuvres que vous pouvez produire sont issues de votre méditation, de votre cogito de ce monde… et la boucle est bouclée.

Dés lors, que penser de tout ces mondes fictives, que l’on peut découvrir dans des films, romans, bd, séries, jeux vidéos? Ils nous offrent en fait une  vision particulière de notre propre monde, et nous aident à méditer dessus, puisqu’il s’agit d’une forme « prédigérée » de cogito.

On en arrive au principe du qualium (pluriel: qualia) qui peut être définie par « ce que ça fait d’être ».

Le cadre de campagne de jeu de rôle de type « Donjon et Dragons », nommé « Planescape », proposait des objets magiques nommés « pierres sensorielles ». De telles objets permettent à des individus indépendants d’obtenir les mêmes quanta que d’autres personnes. En voici quelques exemples, tiré du jeu Pc Planescape Torment, édité par Atari:

Amour tendre
C’est vers cette pierre bleu pâle que l’employé t’a envoyé. Elle recèle l’expérience intitulée « amour tendre ». Tu as les yeux fermés et tu te trouves dressé sur la pointe des pieds, serré contre quelqu’un. Des lèvres infiniment douces frôlent les tiennes pour te donner le plus délicat des baisers. Ton coeur bat à tout rompre et tu as l’impression que tu pourrais te mettre à flotter.

Jalousie larvée
C’est vers cette pierre bleu pâle que l’employé t’a envoyé. Elle recèle l’expérience intitulée « jalousie larvée ». Tu ne peux retenir un rictus en voyant le jeune héros à l’armure rutilante pénétrer de nouveau dans la taverne. Il accroche sa cape de velours au mur et inspecte les clients de ses yeux bleu-vert, sans se départir d’un sourire qui fait se pâmer les serveuses. Poussant un grognement de dépit, tu reposes la chope que tu étais en train d’essuyer et tu te dis qu’il serait bien agréable de l’envoyer bouler, cul par-dessus tête, dans un tonneau plein d’eau de pluie…

Ennui assommant
C’est vers cette pierre violette que l’employé t’a envoyé. Elle recèle l’expérience intitulée « ennui assommant ». Nul doute que l’expérience ne dure que quelques minutes, mais tu as l’impression qu’elle se prolonge plusieurs heures durant. Tu assistes à un cours barbant dans la salle de classe la plus austère de l’université de Kalm, à Sigil. Tu regardes tout autour de toi, espérant te détendre en faisant des grimaces aux autres étudiants, mais ceux qui n’ont pas le regard vide dorment déjà. Pour t’occuper, tu laisses encore et encore tomber ta plume sur ton pupitre. Il te vient même l’envie de te la planter dans l’œil, ne serait-ce que pour voir si tous tes sens ne sont pas atrophiés…

Indescriptible frustration
C’est vers cette pierre rouge-orange que l’employé t’a envoyé. Elle recèle l’expérience intitulée « indescriptible frustration ». Tu la vois, maintenant, la couronne d’Hæphon, qui luit sur son piédestal de marbre. Elle n’est plus qu’à vingt pas de toi et, grâce à elle, tu pourras prendre le contrôle des armées d’Æthanopolis pour renverser ton traître de frère et restaurer l’ordre dans le royaume de ton père. Quel idiot ton frère a pu être… un sourire sans joie t’échappe quand tu penses qu’il t’a laissée en vie, persuadé qu’une femme, fut-elle la fille du roi, serait incapable de lui nuire. Un bruit ! Un craquement de cuir, un sifflement… là, derrière le troisième pilier ! Polaphi la méduse est désormais tout proche ; elle garde jalousement la couronne volée que ses serviteurs lui ont apportée il y a si longtemps. Accroupie derrière une colonne, tu serres ton javelot trois fois béni dans ta main. Avec ton casque de rapidité et ton bouclier aux mille reflets, même un monstre tel que Polaphi n’a pas la moindre chance face à toi. D’un instant à l’autre, tu vas la voir apparaître. Et même si elle détourne le regard en apercevant ton bouclier, tu sais que ton javelot trouvera aisément sa gorge exposée… Soudain, on te touche l’épaule. Surprise, tu te retournes sans réfléchir, pour te retrouver face à la méduse. Bien sûr ! Acceptant l’inévitable, tu n’as que le temps de laisser fuser un terrible cri de frustration avant que tes poumons et le reste de ton corps ne se transforment en pierre grise et froide…

Personnellement, je trouve l’idée excellente!

J’en profite pour signaler que les articles plus accès philosophie sont susceptibles d’être édités plus fréquemment, puisqu’un essai littéraire n’est jamais parfait.

Bon cogito à toutes et à tous!

~ par Tyvaneir sur 12 avril 2012.

Une Réponse to “Qualia et perceptions sensoriels”

  1. Edit le 24/07/2012: Une faute impardonnable a été corrigé: ce n’est pas quanta qu’il fallait lire, mais bien qualia!

    J’en profite également pour évoquer quelques idées intéressantes, comme celui de prisme de perception, pour évoquer notre vision du monde, dépendant de notre capacités physique et donc de notre évolution, mais également de notre développement cognitif. Avec tout ça, êtes-vous encore certain que si vous dites « chaise » nous pensons à la même chose?

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